

Vénus Noire est un film de Abdellatiff Kechiche avec Yahima Torres, 2010.
C'est l'histoire de Saartjie Baartman (Yahima Torres), appelée la Vénus Hottentote, une jeune femme originaire du Cap (l'Afrique du Sud aujourd'hui), exhibée au début du XIXe siècle à Paris et à Londres, devant des foules avides de regarder sa prétendue bestialité, ses énormes fesses, et même son sexe aux lèvres géantes.
Le film montre les dernières années de la vie de Saartjie, à travers ses différents spectacles d'exhibition, dans une fête foraine à Londres, dans un bordel à Paris, devant les scientifiques. A la fin, un parallèle est fait avec la restitution tardive des restes du corps de la Vénus à l'Afrique du Sud en 2002.
Quelque soit notre avis à la fin du film, au moins il fait réfléchir, sur différents plans. Sur la page wikipedia on retrouve un peu les différents débats.
Quand on regarde le destin malheureux de cette femme et la volonté du réalisateur de contribuer à lui rendre sa dignité, on est dans le domaine de la mémoire, où chacun a plus ou moins son mot à dire sur le racisme des occidentaux, où chacun peut tenter de récupérer ce qui lui convient et d'oublier ce qu'il veut, etc. Le risque d'instrumentalisation est fort, je n'ai pas à m'occuper de ce domaine.

Mais en dépassant le cas particulier de la vie de Saartjie, grâce aux différents niveaux de lecture du film, on a de quoi réfléchir un peu sur le contexte de la domination de l'Occident sur le monde au XIXe, et beaucoup sur le racisme, sur le spectacle, les limites de l'art et la pornographie.
Le débat sur la nature du spectacle de la Vénus, entre art et exhibition abjecte d'une femme considérée comme un animal, est présent directement dans le film, notamment lors d'une scène au tribunal londonien.
Mais il faut mettre aussi en perspective notre propre expérience de spectateur de ce film, voire des autres films, pornographiques ou gores, qui nous fascinent terriblement.

Les quelques captures d'écran ne reflètent pas forcément le film : on ne voit que très vite les seins des filles du bordel. C'est plutôt presque exclusivement le corps de la Vénus qui est exposé, pendant de longs moments, presque sous toutes les coutures. Et si on nous épargne la vision de son sexe, les scientifiques nous le montrent dans un bocal après la mort de Saartjie, et les personnages n'arrêtent pas d'en parler.
Les scènes sont très longues, interminables, à la limite du soutenable, et elles se répètent : on voit plusieurs fois le spectacle joué et rejoué, avec toujours les moments les plus désagréables pour Saartjie, par exemple celui où le public est invité à lui toucher les fesses. Le malaise s'installe dès le début et ne nous quitte pas. Le réalisateur s'attarde longuement sur les visages des spectateurs, entre fascination, cruauté, étonnement, dégoût, effroi, nous renvoyant notre image d'humains confrontés à l'autre, mais aussi notre image de pornovores subjugués par les images les plus choquantes.



Calypso Bacquey

Yahima Torres et Elina Löwenshon






Qu'il soit génial, dérangeant, fascinant, ou simplement obscène, Vénus Noire est à voir pour sa capacité à engager la réflexion.
C'est pas très excitant tout ça. Promis, bientôt on reparle de bons vieux pornos des familles.
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