22 février 2011

S&M Hunter : l'exploitation, les seins et l'amour de l'humanité




On reste souvent hermétique à l'univers du sado-masochisme, parce que ça a l'air de faire mal et parce que les films qui abordent le sujet nous montrent trop souvent des gros vieux qui font peur, ce qui a tendance à renforcer notre incompréhension (je n'ose pas citer Nuits sadiques). Pourtant il existe des moyens très ludiques d'aborder ce genre de pratiques, plus que les
Osez. J'ai nommé S&M Hunter. Ce film méconnu et époustouflant est non seulement une ouverture vers le SM, mais aussi une ode à la différence.



Un scénario débile et/ou génial

S&M Hunter est un film japonais réalisé par Shuji Kataoka en 1986, avec Shiro Shimomoto, Hiromi Saotome, et Ayu Kiyokawa. C'est un pinku eiga, vous savez, ce genre de cinéma érotique japonais qui montre des seins et souvent de la perversion.
La première et grande force du film, c'est que le sexe est vraiment au centre de l'intrigue et fait évoluer les personnages. Préparez-vous pour le scénario, c'est du lourd.



Un homme vient goûter aux plaisirs du Donjon de la torture, où le maître des lieux explique tout ce qu'on peut y faire, c'est-à-dire dominer une fille sans seins qui aime s'habiller en religieuse, ou se faire dominer par elle. On s'aperçoit vite que le client est en fait un homosexuel qui veut se venger des femmes car un groupe de délinquantes, les Bombers, a enlevé son petit ami pour le violer. Le maître du Donjon propose alors l'aide de S&M Hunter (Shiro Shimomoto), un homme qui possède une corde magique qui lui permet de faire de n'importe quelle femme son esclave, en touchant son point faible, son coeur. C'est parti pour une expédition sauvetage vers le QG des filles violeuses. La suite du film nous offre des scènes d'infiltration où on élimine les gardiennes en leur apprenant le plaisir, des scènes de bondage avec une corde qui aime tisser de grandes toiles d'araignée, des scènes de duels au soleil couchant entre un homme qui manie la corde et une femme habillée en nazi et qui manie le fouet.

"Si Hulk Hogan était une femme, il serait l'esclave de S&M Hunter" (réplique du film)

Des références par milliers

On le voit déjà dans le scénario : les thèmes abordés sont particulièrement accrocheurs. Cette impression est renforcée quand on observe le look des personnages et la façon dont ils interagissent. Le film regorge d'influences manga, western spaghetti, nunsploitation, nazixploitation et bien sûr pinku eiga et SM. Le S&M Hunter porte un long manteau et un bandeau sur l'oeil, son ex s'habille comme une héroïne de western, la fille du Donjon de la torture porte une tenue de nonne, la grande méchante aime poser devant le drapeau nazi et s'habille comme une officière SS, la façon de parler tout en exagération et en poses ridicules du maître du Donjon nous rappelle de nombreux personnages de manga. Vous vous en doutez, le côté parodique est assumé, on rit souvent.
Tout ce tas d'éléments disparates et racoleurs venant du cinéma d'exploitation, qui forment un récit plus ou moins décousu, placent ce film dans le paradis éternel du film d'exploitation, dans ce continuum invisible qui fait le lien entre toutes les oeuvres qui nous font plaisir au plus profond du coeur. Au Japon on n'a pas attendu Tarantino ou Rodriguez pour mixer tout ça.
Mais vous n'êtes pas au bout de vos suprises : le film n'est pas seulement jouissif, il nous ouvre sur le monde qui nous entoure !

Les délinquantes en rouge et noir.

Un bras de fer seins nus pour savoir qui va se taper le gay en premier.

C'est gros seins qui a gagné

Un film pour mieux nous faire aimer les uns les autres

Aujourd'hui, si on suit le programme d'éducation civique, en classe de 5e, nos chères têtes blondes abordent la grande diversité culturelle humaine et ses composantes multiples. Eh bien croyez-moi, ce film, qui dure seulement une heure, c'est ce programme en mille fois plus efficace. Le côté léger et parodique permet de traiter sans pesanteur et en démontant les idées reçues, l'hétérosexualité, l'homosexualité, le bondage, le SM. La façon dont les différents types de sadisme et de masochisme sont présentés, en lien avec la personnalité et les envies de chacun, est très ludique. De même, la pratique du bondage, prête à faire peur à tout un chacun, est abordée à travers l'amusante corde magique du S&M Hunter, qui apporte le plaisir à chaque femme mais en même temps la transforme en esclave.

Je vous avais dit qu'elle avait des gros seins

Le film aime aussi inverser les rôles, ce qui permet des changements de points de vues propices à une réflexion et à une ouverture sur la différence. L'expérience du féminisme est abordé à travers le groupe de femmes, fortes et libres. Leur pouvoir est remis en question par le refus du jeune gay de leur faire l'amour, même si elles tentent tout ce qu'elles peuvent pour éveiller son désir. Au final, on est clairement impliqués quand le maître du Donjon s'adresse à la caméra en supposant que le spectateur du film est plutôt sado que maso. Est-ce vrai ? Finalement, chacun fait ce qu'il veut et qu'on n'est pas là pour juger. Quel beau message ! Et dire que le film est sorti avant Gender Trouble de Judith Butler !

Mais puisqu'on te dit qu'il est gay !

Une femme qui tire au flingue seins nus, vous le savez que j'aime ça plus que tout.

Les deux amants se retrouvent enfin.

Relecture de Sergio Leone après des années de Pinku Eiga et de Nazixploitation

Pour info, le S&M Hunter avait prévu d'attacher la femme à la grue des heures à l'avance, car il est venu lui même au volant du camion grue.


Allez, jetez-vous dessus.


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